Assainissement de l’Uhabia

dimanche 29 janvier 2012 à 00:04 | Publié dans actions antenne 64 | 3 commentaires
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L’Uhabia a son embouchure. Photo : Harrieta171

Les projets de travaux d’assainissement de la rivière Uhabia ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois, déchaîné les passions et donné lieu à des joutes verbales parfois agressives. C’est donc un sujet sensible sur lequel nous nous penchons aujourd’hui, d’autant plus que Surfrider Foundation se trouve dans une situation de juge et partie qui n’est pas forcément idéale. En effet, Marc Bérard, adjoint de la commune fut également vice président de notre ONG et reste élu au conseil d’administration.

L’Uhabia, petit cours d’eau long de quelques kilomètres traverse cinq communes du Pays Basque (Saint-Pée-sur-Nivelle, Arcangues, Arbonne, Ahetze et Bidart) avant de se jeter dans l’océan sur la plage dite de l’Uhabia à Bidart. Aussi petite que soit cette rivière, c’est paradoxalement une source majeure de pollution bactériologique par temps de pluie.

Lors la saison estivale, on ferme la plage lorsque les analyses sont positives, on la réouvre dès que possible… et en dehors des mois de juillet et d’août, il n’y a pas d’analyse… Pendant des dizaines d’années, tout le monde s’en est accomodé. Parce que l’écologie et la protection de l’océan n’étaient pas au centre des préoccupations, mais aussi parce les communes situées en amont ne voulaient pas entendre parler du problème et prendre leur part d’investissement pour y remédier : « c’est votre plage, c’est votre pollution ! »

Depuis l’adoption de la nouvelle directive européenne sur la qualité des eaux de baignade en 2006 (1) (qui prendra effet au premier janvier 2015 et qui divise par 4 les seuils acceptables de pollution bactériologique (2)) et l’arrivée de la nouvelle équipe municipale à Bidart en 2008, la pollution de l’Uhabia s’est imposée comme une priorité. Parce qu’avec la nouvelle loi, les profils de plage déterminant les classes de qualité des eaux de baignade seront évalués notamment au regard de prélèvements effectués pendant quatre ans (3). Et Bidart ne peut se permettre de voir sa plage principale fermer de façon définitive en attendant d’avoir quatre années consécutives de bons résultats (4). (Voir les profils des plages de la Côte Basque selon l’ancienne législation et la nouvelle directive).

La commune a donc sollicité les pouvoirs publics régionaux (la sous-Préfecture notamment) pour faire pression sur les communes concernées et finalement signer le 7 juillet 2011 avec l’État, l’Agence de l’Eau Adour – Garonne, le Conseil régional d’Aquitaine, le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, l’Agglomération Côte Basque – Adour,  les villes d’Arbonne, d’Ahetze, de Bidart ; le Sivom de l’Uhabia et le Syndicat URA, un contrat de bassin (nota : fichier de 15 Mo) pour restaurer la qualité de la rivière et préserver l’usage de la baignade, protéger les milieux naturels et prévenir les risques d’inondation. Le document analyse avec précision le bassin versant et les sources ponctuelles de pollutions (domestiques, agricoles, venant de l’aire d’autoroute voisine et de ruissellements échappés du centre de stockage de déchets ultime Zaluaga de Saint Pée). Il propose une liste d’une soixantaine d’actions prévues sur trois ans, de 2011 à 2013, pour 23 millions d’euros, pour y remédier. Il s’agit notamment d’améliorer le réseau de collecte des eaux usées et pluviales de chacune des maisons et exploitations agricoles référencées comme déficientes. Là-dessus, tout le monde est d’accord.

Mais parce que les travaux seront longs, et que la période de référence pour le calcul du profil de bonne qualité est déjà bien avancée (2010-2013), les signataires du contrat de bassin ont également choisi de construire une porte à clapets (voir photo ci-dessous) avec un bassin de rétention de 35 000 m³ et un émissaire en mer de 700 mètres de long.

Il s’agit de construire un pont sur l’Uhabia (photo du haut), équipé d’un système de portes pouvant se relever (photos du bas). Pendant la saison estivale, en cas de pluie importante et de risque évident de pollution, le cours d’eau est barré et les flux stockés dans un bassin de rétention en amont avant d’être évacué de nuit au large dans l’océan via un émissaire enterré (voir la vue aérienne avec l’ensemble des infrastructures). Les flux pollués n’arrivent plus directement sur la plage, mais à 500 m au large (voir les modélisations de diffusion de la pollution en l’état actuel et après la mise en œuvre de l’émissaire) (5) (6).

C’est ce dernier volet qui a fait bondir plusieurs associations de protection de l’environnement (lire le communiqué signé par le CADE, la SEPANSO, l’ACE, la Coordination Nationale Médicale Santé Environnement, IDEAL, Coordination Santé Environnement Pays basque et ZIP Adour) qui dénoncent un projet couteux (10 des 23 millions crédités pour l’ensemble des travaux d’assainissement), basé sur le principe de la mer-poubelle (la pollution est détournée au large ; on ne tient pas compte de la diffusion et de la persistance dans le milieu aquatique de la pollution chimique, des métaux lourds, des détergents des perturbateurs endocriniens tels que les PCB présents dans les eaux de l’Uhabia ; on ne prend pas en considération l’existence de l’ancienne décharge de Bassilour, actuellement enfouie sous la zone d’activités éponyme et référencée comme source de pollution) et une artificialisation du littoral.

Pour que l’information soit complète, il faut également savoir, que la législation interdit le rejet des eaux traités par les stations d’épuration directement sur le littoral. La commune de Bidart, au delà des problèmes de pollution de l’Uhabia, a pour obligation de construire un émissaire en mer à l’image de ceux existants par exemple à Guéthary (Cenitz) ou Biarritz (Marbella).

Surfrider Foundation, après lecture de tous les communiqués, des dossiers d’études, de l’enquête publique, du contrat de bassin, des articles de presse, après avoir assisté à la réunion publique, avoir entendu les arguments des opposants et avoir rencontré les élus en charge du dossier, ne s’oppose pas au projet d’assainissement de l’Uhabia.

Parmi les points positifs, après trente années d’inaction, on ne peut que saluer la décision de s’attaquer enfin à la pollution de l’Uhabia, d’avoir réussi à mobiliser l’ensemble des communes du bassin versant, d’avoir établi une cartographie précise des pollutions, d’avoir modélisé des solutions et rassemblé des budgets pour les mettre en œuvre. L’amélioration de la qualité des eaux de baignade est l’un des combats de Surfrider. Il en est un autre, tout aussi important : la lutte contre l’artificialisation du littoral. Dans ce cadre, nous ne pouvons que regretter la construction de la porte à clapets. Nous regrettons également que cette construction n’ait été pensé que pour répondre à un impératif saisonnier de seuil de pollution fixé par une directive européenne plutôt que dans le cadre d’une démarche écologique pérenne et innovante prenant également en compte la réalité de la pollution physico-chimique des cours d’eau.

Nous suivrons la bonne réalisation des travaux engagés, nous avons demandé la possibilité de siéger en tant qu’observateur aux réunions des membres du contrat de bassin et d’avoir accès aux résultats d’analyses effectuées par l’exploitant à l’entrée et à la sortie de l’émissaire.

Dans tous les cas, nous souhaitons ardemment la réussite du contrat de bassin, la suppression définitive des sources de pollution en amont pour que les portes à clapets rouillent de n’avoir pas servi !

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter :
– le dossier récapitulatif sur le site de l’agglomération Côte Basque-Adour,
– le dossier de presse de présentation des travaux,
– le dossier d’enquête publique concernant l’émissaire en mer,
–  le dossier de l’enquête publique concernant l’amélioration de l’assainissement de l’eau à Bidart

Notes :
(1) : La directive européenne 76/160/CEE a été abrogée par la directive 2006/7/CE du parlement européen et du conseil du 15 février 2006 et sera applicable à partir de 2015.
(2) :  La limite de présence des bactéries Escherichia Coli passe de 2000 UFC/100 ml à 500 UFC/ml pour que les eaux de baignade soient considérées de bonne qualité ou suffisante. Pour mémoire, le sigle UFC, pour Unité Formant Colonie est une unité de comptage des bactérie (pour en savoir plus).
(3) : La France ayant décidé de démarrer les campagnes d’analyses dès l’été 2010 pour un classement des eaux de baignade fin de saison 2013.
(4) : Une baisse de fréquentation touristique de 15 %, identique à celle observée pendant l’été 2003 après l’échouage du Prestige en  novembre 2002, correspond à une baisse des ressources touristiques de 4 219 000 euros / an.
(5) : Les portes ne fonctionneront que pendant la saison estivale (et pas plus de 28 jours par an). Le reste du temps, elles seront abaissées.
(6) : L’autorité légale impose la construction de passes à poissons de chaque côté du pont pour assurer la continuité de circulation des poissons migrateurs. Sur la présence d’anguilles dans l’Uhabia, lire l’article paru sur Xoriburu : première partie, deuxième partie.

3 commentaires »

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  1. Merci de ce résumé, ainsi que de la simplicité et transparence de votre point de vue, tout n’est pas simple, il n’existe pas de solution miracle, et de pouvoir rendre accessible à tout le monde le cheminement, la legislation, le cout, bref tout le petit bordel, ben, cela prouve si cela était nécessaire l’importance de la présence la surfrider sur la côte….on est jamais content, mais en attendant, ce n’est pas grâce aux autres intervenants (ecole de surf, industries du surf, shapers, surfshop, pêcheurs loisirs, etc ) que cela aurait pu avoir autant d’importance dans la politique des élus…le chemin est encore long, mais grâce au travail des bénévoles et salariés, même si on aimerait que des champions de foot file autant de thune que d’interview, ça fait plaisir 😛 !!!!!!

  2. Bon exercice pédagogique que votre présentation.
    Je partage vos réticences quant aux solutions retenues tout en considérant qu’il n’y en a pas d’autres si on se place dans une perspective de maintien d’ouverture de la baignade.
    Cependant, et si on envisage la résolution des pollutions en amont d’ici 2013, on peut se poser la question de l’installation de cette porte à clapets avec tout ce qu’elle entraîne comme nuisance, pour la seule saison 2012 ! Bidart offre cinq autres plages à ses touristes vers lesquelles il aurait été possible de les orienter et même de les transporter.
    D’où ma crainte que les élus aient cédé aux pressions des ingénieurs des Ponts et autres corps d’Etat toujours prompts à imaginer des solutions qui s’avèrent souvent onéreuses et peu efficaces (ex. les accès aux quais de la gare de la Négresse)

  3. Oups, oui, pour Bixente, je suis débile :(, au moins, lui, il fait quelque chose avec, donc, rien à dire (surtout si on compare aux autres footballistes…^^) donc, pas de critique facile, par contre, si il veut investir dans une petite boite du coin qui fabrique des planches plutôt propre….., j’aurais bien une petite suggestion…hihi !!!!

    Au fait, qui fait des analyses autres que bactério’ dans les cours d’eau ici ?? parce que du coup, on est dans le flou non ??


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