Des déchets médicaux dans la Nive – suite

lundi 17 novembre 2014 à 22:03 | Publié dans pollution Renaudin | Laisser un commentaire
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Suite à la découverte sur les berges de la Nive, par des pêchers de l’AAPPMA, de produits médicaux échappés d’un dépôt sinistré lors de la crue du 4 juillet 2014 et le signalement de la présence de produits équivalents sur les berges de l’Adour au niveau du port à Anglet (voir photos ci-dessus), nous nous sommes adressés au laboratoire Renaudin identifiés sur plusieurs emballages pour lui faire part de notre préoccupation. Le courrier est reproduit ci-dessous, ainsi que la réponse complète et argumentée. En voici les principaux extraits (en italique, entre guillemets) :

L’entreprise reconnait la perte de « quelques centaines de kilos » de produits dans « un bâtiment situé à Cambo, à une soixantaine de mètres des berges ». « Les portes ont été arrachées et le contenu a été éparpillé dans les buissons aux alentours et en partie emporté par les eaux qui ont atteint 1,5 m à l’intérieur. La surface totale concernée par le stockage était d’environ 50 m2 ».

« De façon générale, aucun des produits susceptibles de se trouver dans le local ne peut être considéré comme dangereux ou contaminant (il n’y a ni hormones, ni organismes vivants, ni agents toxiques). Les produits qui ont potentiellement été emportés correspondent à des produits en vente libre sans ordonnance. A titre d’information, tous les produits pharmaceutiques actifs que nous fabriquons sont stockés sur le site d’Itxassou qui n’a pas été touché ».

« Il n’y a pas de précaution ou de comportement particulier à adopter vis a vis de ces produits, si ce n’est le comportement de bon sens en face d’un déchet. »

« Notre société a demandé et obtenu l’autorisation de démolir le local concerné, ce qui permettra d’évacuer les gants et perfuseurs restants qui sont dans une zone rendue dangereuse à la suite de la crue. Nous avons également sollicité la société ayant procédé au premier nettoyage afin qu’elle procède à une nouvelle vérification des berges et de toutes les zones accessibles le long de notre terrain. »

Si la réponse a l’avantage d’être complète et argumentée, on reste cependant sceptique de la prise de conscience réelle de la pollution engendrée :
– Il existe des produits en vente libre portant atteinte à l’environnement. Le non-classement en « produit toxique » ne signifie pas qu’il n’y a pas d’impact sur le milieu.
– Il s’agit de bouteilles en verre pouvant se briser, de kits de perfusion contenant des aiguilles, de gants en latex pouvant être ingérés par la faune et participant à l’asphyxie des sols et de la flore.
– Nettoyer son terrain, c’est bien. Nettoyer le cours d’eau sur toute sa longueur ce serait mieux !
– Concernant les quantités perdues, on s’étonne de l’approximation de la réponse : « quelques centaines de kilos ». C’est imprécis et en même temps beaucoup trop pour considérer cette pollution comme insignifiante. 

A noter qu’une réunion de concertation à la demande de l’association des pêcheurs AAPPMA aura lieu cette semaine dans les locaux de la communauté de communes Errobi en présence de représentants du laboratoire Renaudin et de Surfrider. Compte rendu à venir.

Edit 20 novembre 2014
Suite à la réunion de concertation, voici quelques précisions :
– Le laboratoire Renaudin réaffirme que les produits perdus ne sont pas dangereux mais refuse catégoriquement d’en communiquer la liste.
– La perte du stock étant consécutive à une catastrophe naturelle, l’entreprise ne se sent pas responsable. Elle s’engage néanmoins à faire nettoyer les 600 m de berges de leur terrain dans les 15 jours à venir et à détruire définitivement le local incriminé.
– L’entreprise n’a pas communiqué pour avertir de l’incident, dès l’été 2014 suite à la crue, de peur de créer une « psychose » dans la population et éviter d’être pointée du doigt.
– Les représentants des pêcheurs de l’AAPPMA ont observé des déchets jusqu’à Villefranque (nos contacts font mentions de produits équivalents – sans qu’on puisse affirmer que ce sont les mêmes – sur l’Adour à Anglet et sur les plages du sud des Landes à Capbreton et Seignosse).
– La communauté de Communes Errobi s’engage à faire pratiquer un nettoyage des berges sur l’étendue de son territoire.

Lire les courriers dans leur intégralité ci-dessous.

Courrier envoyé par Surfrider :

Monsieur,

Surfrider Foundation Europe est une association à but non lucratif fondée en 1990 et basée à Biarritz qui lutte contre la pollution des milieux aquatiques, défend et sauvegarde l’océan, le littoral, les vagues et de la population qui en jouit.

Suite à une opération de nettoyage des berges de la Nive à Ustaritz par l’association de pêche AAPPMA Nive fin octobre, nous avons été alerté de la découverte de lots de produits vous appartenant. Il s’agit notamment de kits de perfusion, de flacons en verre contenant du liquide et de gants en latex.

Par ailleurs, nous avons reçu le témoignage de la collecte de déchets similaires (notamment des kits de perfusion et des bouteilles en verre) sur les berges de l’Adour à Anglet au niveau du port. Même sans affirmer que ces derniers produits vous appartiennent, vous n’êtes pas sans savoir que la Nive rejoint l’Adour qui se jette ensuite dans l’océan à Anglet.

Cette pollution est donc préoccupante à plusieurs titres :

– sans doute décollées par un séjour prolongé dans l’eau, les étiquettes des bouteilles en verre ont disparu et en même temps toute mention relative à la nature du produit et à sa dangerosité éventuelle.
– certaines bouteilles ont pu se briser et déverser leur contenu dans le cours d’eau.
– aucun des produits perdus, à l’exception du carton et du papier, ne sont dégradables. Ils constituent une pollution durable de l’environnement
– enfin, les kits de perfusion sont munis de seringues pouvant blesser toute personne qui les manipulerait ou marcherait dessus par inadvertance.

Nous avons bien conscience que ces produits n’ont pas été jetés intentionnellement dans la rivière, mais qu’ils ont été emportés par une crue. Nous pensons cependant les dégâts auraient pu être limités :

– si des produits périmés – certains depuis 1996 – avaient été détruits plutôt qu’entreposés indéfiniment,
– si, à la découverte de la perte de votre stock, vous aviez contacté les usagers de la rivière pour les avertir des risques potentiels.

Aussi, plusieurs questions restent posées :

– Quelle est la quantité de produits perdus ?
– Quel est le contenu des flacons en verre? Y a-t-il un danger à ingérer ce contenu où à ce qu’il se répande dans la nature ?
– avez-vous, dans les jours qui ont suivi la crue, organisé une campagne de récupération, pas seulement au abord de l’entrepôt, mais aussi en aval sur les berges ?

Enfin, comme il reste probablement des produits égarés sur les berges de la Nive ou de l’Adour, qui pourraient rejoindre les plages de la Côte Basque et être récupérés par des personnes non averties, pour des raisons évidentes de sécurité, nous pensons qu’il est de votre responsabilité de publier une notice d’information pour le grand public pour :

– présenter les produits en cause,
– inciter à la prudence du grand public,
– et préciser le comportement à tenir en cas de découverte.

Nous ne souhaitons pas par le présent courrier créer de polémique, mais simplement nous assurer que vous ayez pu prendre la mesure des conséquences que la perte de ce stock pouvait occasionner et, dans la mesure de nos moyens, vous accompagner dans la recherche de solutions.

Nous sommes à votre disposition pour échanger sur le sujet.

Nous vous prions d’agréer Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

 

Réponse du laboratoire Renaudin :

Monsieur,

Notre société est sensible à votre courrier et tient à apporter une réponse aux interrogations légitimes que vous soulevez.

Chronologie
Lors de la crue de la Nive survenue le 4 juillet, le rez de chaussée d’un bâtiment situé à Cambo, à une soixantaine de mètres des berges, en hauteur, a été innondé et dévasté : les portes ont été arrachées et le contenu a été éparpillé dans les buissons aux alentours et en partie emporté par les eaux qui ont atteint 1,52 à l’intérieur. Ce bâtiment, construit depuis plus de cent ans n’avait pas été touché lors de la précédente crue record de la Nive au début du XXe siècle. La suface totale concernée par le stockage était d’environ 50 m2.

Dans les jours qui ont suivi la crue, notre société a fait intervenir une entreprise spécialisée qui a ramassé tous les déchets accessibles au sol et sur les berges qui ont été détruits par une entreprise d’assainissement.

Produits concernés
Les produits concernés étaient principalement des gants d’examen et des perfuseurs stériles dans leur emballage d’origine. Nous estimons les quantités emportées à quelques centaines de kilos, ce qui correspond à quelques centaines de boîtes de gants et une vingtaine de sacs de perfuseurs. Cette estimation est bien entendu approximative mais elle tient compte de deux facteurs qui limitent focément la quantité de déchets emportés : la taille du local de stockage ainsi que les quantités ramassées après la crue.

L’examen des photos publiées ne nous permet pas d’identifier d’autres produits appartenant à notre société. Nous ne sommes notamment pas en mesure de confirmer que le flacon en verre de la photo provienne de chez nous. Nous vous prions toutefois de nous faire parvenir toutes les photos de produits pouvant faire penser à des produits pharmaceutiques ou même des échantillons pour une vérification complète.

Nous attirons toutefois votre attention sur un point important : votre article évoque la présence de produits anti-diabétiques. Leur présence dans nos locaux de stockage est absolument exclue, puisqu’ils ne correspondent pas à la typologie de produits que nous sommes susceptibles de détenir. Cela semble indiquer qu’il y a au moins une autre source de produits pharmaceutiques.

De façon générale, aucun des produits susceptibles de se trouver dans le local ne peut être considéré comme dangereux ou contaminant (il n’y a ni hormones, ni organismes vivants, ni agents toxiques). Les produits qui ont potentiellement été emportés correspondent à des produits en vente libre sans ordonnance. A titre d’information, tous les produits pharmaceutiques actifs que nous fabriquons sont stockés sur le site d’Itxassou qui n’a pas été touché.

Concernant les deux points que vous soulevez

La péremption
La date de péremption est la date limite à laquelle les produits peuvent être utilisés pour des soins. Au delà de cette date, les gants peuvent être utilisés comme des gants de ménage ordinaires. Concernant les autres produits il y a de nombreuses raisons susceptibles de rendre la conservation nécessaire : usage échantillon, formation, litiges, tests de vieillissement … La décision de conservation est un choix souverain de l’entreprise.

L’alerte
Nous comprenons cette interrogation, mais les produits concernés ne présentent pas un danger justifiant de lancer une alerte. Les gants et les perfuseurs sont propres et ne présentent pas de risque de contamination ou de toxicité. Il y a bien entendu un risque de piqûre s’ils sont ramassés et que le protège aiguille est ôté mais toutes proportions gardées, ce risque est moindre que celui présenté par des déchets courants (verre, ferraille et autres) qui ont été emportés à cette occasion. Il n’y a pas de précaution ou de comportement particulier à adopter vis a vis de ces produits, si ce n’est le comportement de bon sens en face d’un déchet. Il est évident que dans un tel contexte une alerte ne se justifie pas et risque au contraire de créer une psychose injustifiée. En termes de communication publique le terme de « déchets médicaux » est associé à une contamination ou a une toxicité. A titre de comparaison, le contenu d’un seul garage particulier peut présenter des risques beaucoup plus élevés que les produits qui ont été emportés.

Mesures pour la suite
Notre société a demandé et obtenu l’autorisation de démolir le local concerné, ce qui permettra d’évacuer les gants et perfuseurs restants qui sont dans une zone rendue dangereuse à la suite de la crue. Nous avons également sollicité la société ayant procédé au premier nettoyage afin qu’elle procède à une nouvelle vérification des berges et de toutes les zones accessibles le long de notre terrain.

Veuillez agréer, Mojnsieur, l’expression de ma considération distinguée.

André MATEESCU
Laboratoire Renaudin

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