Voyage en Zero Zabor

jeudi 2 avril 2015 à 20:32 | Publié dans zéro déchet | Un commentaire
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Trois ans après leur premier voyage, l’association Bizi de Bayonne a voulu faire le point sur l’expérience zéro déchet (zero zabor en basque) menée au Pays Basque Sud. Nous sommes partis avec eux pour voir ce qu’il en est.

Commencé il y a 4 ans avec huit communes pilotes, ce mouvement inspiré par la petite ville de Toscane Capannori, tient-il ses promesses ? Lors d’une journée au programme chargé, nous sommes allés faire un bilan dans les communes d’Usurbil et d’Orendain et parler de l’évolution du modèle avec un projet de centre de tri et de sa généralisation progressive.

A l’origine il y eu Usurbil…
Même avec deux GPS nous avons réussi à nous perdre dans la campagne des alentours de San Sebastian. Nous sommes passés par les hauteurs de la ville, où alternent des maisons individuelles, des fermes et les bâtiments hyper modernes du technopole dont le Centre Culinaire Basque. La commune d’Usurbil (6 000 habitants) n’est pourtant qu’à 10 minutes de San Sebastian. L’accès se fait par l’autoroute puis par le fond de vallée de l’Oria, un site anciennement industriel et plus ou moins encore en activité. Par le nombre d’immeubles de petites tailles et le peu de commerces, il semble que le gros de l’économie et de l’emploi se trouve à Donostia désormais.

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Dès l’entrée dans la ville, on remarque immédiatement des petits seaux à couvercle, accrochés aux murs ou à des poteaux devant les maisons et les immeubles. Ici pas de grosse infrastructure mais une révolution discrète et efficace. La démarche zero zabor (zéro déchet) de cette commune a consisté en un remplacement des imposants conteneurs de rue, où l’on jetait tout type de déchets en vrac, par un ramassage différencié et quotidien en porte à porte appelé P&P (puerta y puerta). On trouve depuis 4 ans, à l’extérieur des immeubles, des colonnes en inox ajourées dans lesquelles s’insère l’anse de poubelles de petites tailles ou celle des sacs plastiques. Chaque jour les habitants descendent un type de déchet bien spécifique. 60% de ce que l’on jette étant de nature organique, trois jours y sont dédiés : le lundi, le jeudi et le samedi. Les autres jours sont pour le papier et le carton, puis le plastique. Le dimanche pour tout ce qui ne peut être recyclé. La seule exception est faite pour les couches et les compresses médicales qui sont ramassées tous les jours dans des sacs à part.
OLYMPUS DIGITAL CAMERAPour ceux qui souhaitent faire un compost individuel ou collectif, la possibilité est donnée de faire installer un composteur proche de leur immeuble. Fermé avec des cadenas, chaque composteur peut être utilisé par une quinzaine de familles ayant chacune une clé et, de fait, la gestion de ceux-ci. Un autocollant est alors apposé sur la colonne à poubelle pour signifier que la personne gère elle-même ses déchets organiques, ce qui lui permet de bénéficier d’une réduction de 40% de sa taxe pour l’enlèvement des déchets. 1/3 des habitants de la ville fait aujourd’hui son compost. Pour compléter son offre et parfaire son action, la ville a mis en place le même tri des déchets dans ces poubelles de rues. Et pour ceux qui auraient raté le ramassage, il existe un centre de collecte, nommé « Attalu », au centre de la ville, fermé avec une clé qu’il faut demander aux services municipaux. Pour le verre, « l’iglù » vert reste dans la rue, le conteneur traditionnel est maintenu.
L’habitant paie au trimestre 19,50 euros, 11,70 s’il pratique le compostage individuel, 13,70 euros en zone rurale et 8,19 euros s’il composte.
Avec ce système, la commune d’Usurbil est arrivée à un taux de recyclage de 82% en 2014 (40% de moyenne pour le Pays Basque Sud). La philosophie de cette action municipale est de trier, de recycler et de réutiliser afin de réduire les déchets finaux qui continuent à être brûlés ou enfouis.

Incinérateur contre TMB
A contrario de cette démarche, la province compte, elle, investir dans la construction d’un incinérateur de grande taille pour les déchets dits «finaux», c’est-à-dire qui ne peuvent pas être valorisés. Le problème pour les élus qui ont mis en place le ramassage différencié, est que ce genre d’investissement (on parle d’un budget de 223 millions d’euros), en plus d’émettre des fumées toxiques, est contre-productif. Pour les partisans du P&P, c’est l’exemple même d’une technologie qui emprisonne. Un incinérateur est prévu pour une certaine quantité de déchets (celui de San Sebastian devra traiter 270.000 t/an) ce qui signifie maintenir cet approvisionnement, même si cela veut dire aller les chercher ailleurs en camion ou en bateau. On voit bien que, dans un cas, il y a un intérêt économique de rentabilité à avoir du déchet, alors que dans l’autre, tout est fait pour le réduire à zéro. L’incinérateur est d’ailleurs déjà sur-dimensionné par rapport aux quantités actuelles de déchets obtenus grâce à l’action du P&P mais sans doute aussi du fait de la crise économique. Le Gipuzkoa est ainsi passé de 270.000t de déchets finaux par an en 2007, à 190.000t/an en 2014.
Un autre projet est défendu par les « P&Péistes », celui de construire pour 60 millions d’euros, un centre de tri mécanico-biologique. Le TMB de Zubieta permettra de «gérer intégralement et de manière durable ses déchets» nous dit le document de présentation (consultable ici). Le but est de pouvoir accueillir tous les déchets récoltés mais aussi d’avoir un outil industriel flexible, capable de s’occuper aussi bien de déchets finaux que du recyclable ou des déchets organiques, et ce, en fonction de la demande. On parle de 46,3 tonnes à l’heure pour un total de160.000 tonnes/an et d’arriver à un taux de recyclage de 60% pour tout le Gipuzkoa.

D’ailleurs, le Ministère de l’Environnement a ajouté, en 2013, à la liste des «bonnes pratiques», le P&P, ce qui montre que le tri en amont avec un ramassage différencié et l’objectif Zero Zabor, sont désormais reconnus par le gouvernement.

L’exemple d’Orendain
Après Usurbil, nous nous sommes rendus à quelques kilomètres de là, au village d’Orendain (200 habitants) perché sur une colline offrant une vue magnifique sur les montagnes environnantes. Du fait de sa petite taille et de son site, la commune a opté pour un autre système que le porte à porte. Elle a préféré installer 8 cabanes en bois de type chalet pour récolter tous les déchets de manière différenciée.

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A l’intérieur, on retrouve des codes couleurs et des panneaux presque exhaustifs pour guider les utilisateurs. Il est également possible d’y déposer les appareils électroménagers ou tout autre objet non recyclable et de taille réduite, destinés à la déchetterie. Pour ce qui est des déchets organiques, la maison individuelle avec terrain étant ici la norme, des composteurs ont été donnés gratuitement par la commune et après une formation à domicile, chaque habitant fait aujourd’hui son propre compost. Pour le seul immeuble, récemment construit, qui compte 17 appartements, deux composteurs fermés à clés, pour éviter les rats et les odeurs, sont placés de l’autre côté de la route, au pied d’une prairie avec des arbres fruitiers et des moutons. Un volontaire de l’immeuble s’occupe de le gérer et de transférer le compost du bac de démarrage vers celui de finition. La petite taille de cette commune permettant de mettre en place certaines expériences, il est intéressant de mentionner qu’elle subventionne l’achat de couches lavables à hauteur de 75%. Une fois qu’une famille en a fini avec les couches, elle est invitée à les donner aux autres voisins qui en auraient besoin. Ainsi fut inventée la couche municipale ! Pour cette commune un peu à l’écart, ce système veut dire une collectivisation des voyages vers les déchetteries et moins d’allées et venues en camion pour venir ramasser les poubelles. Si le coût écologique baisse, il en est de même des taxes qui sont passées de 175 euros par an et par foyer à 60 euros. Enfin, le maire Tomás Plazaola Muguruza, nous assure que ses administrés sont désormais beaucoup plus sensibles aux problématiques écologiques générales.

Un modèle qui continue de faire ses preuves
Moins cher, plus responsabilisant, créateur d’emplois et même de lien social à travers la gestion collective des composteurs, les diverses formes de ramassages différenciés pratiqués en Gipuzkoa connaissent un important succès. Commune après commune, les variations autour du Zero Zabor concernent aujourd’hui 1/3 des habitants avec des villes comme Hernani, Tolosa, Astigarraga, Lezo, Antzuola, Lugorreta, Oiartzun, Zalbidia, Segura, Ormaitzegi, Legazpi, Beet… Les oppositions au P&P, qui ont agité le débat politique en 2012, ont fini par s’essouffler. Dans une vingtaine de villes, dont Bergara, les habitants avaient en effet protesté en accrochant leurs poubelles à leurs balcons juste avant Noël. L’argument essentiel étant esthétique, il semble difficile de dire que les imposant containers en bord de route soient de ce point de vue plus satisfaisants. Pour des raisons politiques, des thèses libertariennes sont reprises aujourd’hui, lors des campagnes, par certains opposants qui considèrent cette organisation communale comme une invasion de l’espace privé et un manque de respect pour la liberté individuelle… De polluer ?

Hiri hondakinen arazoa: Ezinbesteko kaltea? Ala eredu okerraren

Les déchets et leur gestion devraient au contraire permettre de rappeler aux citoyens d’Espagne ou d’ailleurs qu’il n’y a pas assez de matières premières pour s’autoriser à les incinérer ou à les enfouir. Mais aussi qu’une consommation de produits locaux et peu (ou pas) emballés est le meilleur moyen d’économiser les ressources naturelles en impactant moins notre environnement. En parlant de «valorisation des déchets», la société intègre le fait que leur gestion, après avoir été un problème aux coûts croissants, pourrait devenir un revenu, avec la vente des matières recyclables et d’un compost de qualité. Avec des taux de recyclage approchant des 80%, certaines de ces communes dépassent déjà le scénario «optimiste» du Bureau de l’Environnement Européen qui donne l’objectif de 70% pour les déchets municipaux… en 2030.

Zero zabor est né grâce à une impulsion forte des élus locaux, un diagnostic sur la gestion des déchets et des réunions publiques pour écouter aussi bien les entreprises que les familles. La mise en place s’est faite avec un accompagnement pédagogique pour sensibiliser aux problèmes environnementaux en même temps qu’à la bonne utilisation des outils mis en place. A Milan, Londres, Bruxelles et dans une centaine de villes de la Catalogne allant de 17.000 à 200.000 habitants, des systèmes de ramassage différencié se sont mis en place avec succès. Qu’en sera-t-il en France pour les années à venir ? A nous de nous renseigner sur la gestion de nos déchets, de consommer local et de viser nous-mêmes le zéro déchet dans notre vie de tous les jours.

L’Antenne Côte Basque de Surfrider suivra et soutiendra autant que possible Bizi! dans son travail de terrain.

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