Une décharge réhabilitée à Urrugne

jeudi 26 mai 2016 à 09:59 | Publié dans actions antenne 64 | Laisser un commentaire

 

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Parmi les solutions pour faire face à nos déchets, la plus commune a longtemps été celle de l’enfouissement. Mais contrairement à ce que l’on pensait à l’époque, si le problème disparaît, ce n’est que visuellement. Une décharge produit, entre autre, un des gaz qui augmente le plus fortement l’effet de serre, le méthane ; mais également des jus de déchets : les lixiviats. Ce liquide souvent marron résulte du ruissellement de l’eau de pluie qui traverse les strates de déchets et emporte les produits toxiques vers les nappes phréatiques ou les cours d’eau en aval.

Afin de résoudre ces deux problèmes majeurs, Bil Ta Garbi ayant obtenu dans ses missions le tri et la valorisation des déchets d’un grand nombre de communes du pays basque Nord, se trouve également responsable des anciennes décharges sur son territoire. Celle d’Urrugne étant actuellement en réhabilitation, notre équipe est allée voir ce que recouvrait ce terme.

D’une montagne à l’autre.

Depuis 1960, les communes d’Hendaye, d’Urrugne, d’Ascain et de Guéthary emmenaient leurs poubelles au sein d’un petit vallon, en amont du torrent le Bittola. Cela dura jusqu’en 2009, date de fin d’exploitation du site. La pollution en résultant avait été de nombreuses fois signalée par les habitants d’Urrugne, voyant des mousses et des couleurs inhabituelles sur ce petit torrent à l’eau habituellement claire. La presse en avait d’ailleurs fait écho et Surfrider avait été contactée.

Ces 30.000 m² qui forment une colline rivalisant avec ces voisines naturelles ont d’abord été remodelés. Une fois cette action de regroupement des déchets terminée, ils sont recouverts par de la terre argileuse déjà présente sur l’ancien site. Les qualités hydrophobes de celle-ci sont aujourd’hui associées à une véritable étanchéité en deux couches (un drainant et une membrane) à laquelle s’ajoute un géotextile sur les pourtours, reliant le  « dôme » aux fossés périphériques. Ces derniers servent à recueillir par gravité les eaux de pluies qui sont stockées dans un bassin en aval en attendant d’être testées. Si elles ont été contaminées pour quelques raisons que ce soit, on les traite comme des lixiviats. Dans le cas contraire, elles sont rejetées dans le torrent.

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L’étanchéité de la colline n’étant pas terminée, les jus de déchets sont dirigés vers un bassin dédié qui en recueille encore 40 000 m3/an. Début 2017, une fois les travaux et l’assèchement des déchets terminés, le site ne devrait produire plus que 5000 m3/an.

Mais entre les pluies et les eaux souterraines, il est important de savoir ce qui sort de cette décharge. Des analyses sont donc régulièrement faites en interne et d’autres effectuées ponctuellement par un laboratoire extérieur, indépendant et accrédité.

Si çà et là on voit des cheminées qui sortent de terre, c’est qu’il s’agit de traiter le 2ème problème lié aux décharges. Les déchets, en se dégradant, vont produire entre autres du méthane, un biogaz qui vient de la décomposition des déchets organiques et qui commence à être utilisé pour faire rouler des véhicules ou chauffer des immeubles. Malheureusement, du fait de l’ancienneté du site, il semble que l’essentiel soit déjà parti dans l’atmosphère. Une cuve a tout de même été construite pour le recueillir mais la petite quantité produite sera brûlée.

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« Réhabiliter » notre consommation ?

Au dire même des gestionnaires du projet, ce type de réhabilitation est celle qui se fait de plus en plus du fait des réglementations nouvelles sur les décharges. Aujourd’hui, avant d’enfouir des déchets, il ne suffit plus de creuser un simple trou. Il faut assurer l’étanchéité du sol et la récupération des lixiviats et des biogaz. Tous les sites anciens ou nouveaux sont sécurisés pour 30 ans, mais qu’arrivera-t-il de ces déchets à terme ou une fois que l’étanchéité sera endommagée ?

Rien ne disparaît ; et si l’on parvient à réduire et parfois supprimer les effets néfastes d’une décharge, il est essentiel de rappeler que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas.

Pas meilleur dans un sens uniquement écologique afin de protéger la faune marine (dont globalement tout le monde se fout) mais parce qu’entre la collecte, le traitement, le recyclage et aujourd’hui les réhabilitations des anciennes décharges publiques, les déchets nous coûtent de plus en plus cher.

Les lixiviats, tout comme l’agriculture intensive, polluent les cours d’eau dont la potabilisation a coûté 8 milliards d’euros à la France en 2015.

Les suremballages que les grandes surfaces nous proposent et que nous achetons sont très souvent associés à des transports longues distances. D’autres voyages les attendent, pour aller de notre poubelle au centre de collecte et de tri, afin d’être si possible recyclés (ce qui demande encore de l’énergie), sinon enfouis ou brûlés,  ce qui pose d’autres problèmes de pollution.

Notre prétendue recherche du prix juste ou nos illusoires considérations hygiéniques nous font consommer de plus en plus d’emballages jetables (les dosettes pour du café à 50 euros le kilo, les mini-portions et les bouteilles de 15cl d’eau), alors que nos fruits et légumes sont couverts de pesticides bien plus dangereux qu’un peu de terre ou de poussière. Donc si les prix à la caisse semblent parfois moindres (pour une qualité qui l’est aussi), sur la totalité du cycle, c’est-à-dire de l’exploitation du pétrole au traitement des déchets, le déchet est un coût qui augmente alors qu’il est possible de le réduire.

C’est pourquoi Surfrider s’engage aujourd’hui aux côtés d’autres acteurs, pour que nous tous, apprenions à réduire nos déchets. Au 1er Juillet 2016, sera effective l’interdiction du sac plastique dit « de caisse ». Nous pensons que le moment est idéal pour expliquer les intérêts à passer d’une société du tout jetable à une société du réutilisable, d’un monde croulant sous les emballages et les factures énergétiques à un monde où vrac, économie circulaire, éco conception et production locale seront la norme.

 

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